J'ai marché sur les braises

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Marcher sur les braises à 800° ça vous fascine ?

Moi aussi !

Alors quand j'ai vu que ça avait lieu à quelque 600 km de chez moi, j'ai fait ni une ni deux et j'ai sauté dans ma voiture.

Pourquoi ?

Pour le faire pardi !

 

L'idée la plus forte au moment de cette décision c’était:  "si je peux faire ça, je peux tout faire"!

 

Et justement, je voulais tout faire et surtout avoir une conversation les yeux dans les yeux avec mes peurs, histoire de faire en sorte qu'elles la bouclent de temps en temps et de profiter du paysage !

J'avais une envie de meurtre et il me fallait quelque chose de fort, de puissant pour trouver le courage d'affronter cette "denrée"* qui alimentait mon manque d'audace et de persévérance afin de la mettre hors d’état de me nuire. Trop de fois elle s’était trouvée sur mon chemin, comme une amitié d'enfance qui vire au cauchemar. Trop de fois elle s’était insinuée dans mes relations de couple, se mêlant du moindre secret partagé.Tellement proche, qu'elle avait le pouvoir de me trahir dans toutes mes entreprises.

 

Je vous l'accorde, il s'agit d'une colère très personnelle qui ne devrait rien à voir à faire ici, mais c'est bien mue par celle-ci que j'ai voulu que ce rituel de passage, accessible en général aux fakirs et autres religieux indous, me devienne accessible. Autant dire que je n'en menais pas large...

 

Un feu de joie immense était alimenté depuis 2 jours, on en extrait les braises pour former le chemin à traverser. Quelques mètres tout au plus. Mais quand même...

 

Enfin j'allais vivre le secret de la transe, boire un élixir, ou fumer un calumet de cornouiller et de sauge. Il décuplerait mon courage ou me ferait entrer dans une sorte de transe psychologique.

 

Le gourou n'en était pas un.

Bêtement il ne portait ni plume, ni masque, ni maquillage traditionnel Amérindien, même pas un accoutrement ethnique. Il parla à la foule comme on raconte une histoire drôle à une assemblée. Sans grandiloquence, ni gesticulation. Je me demandais comment il comptait nous faire marcher sur les braises avec ce genre de discours paternel et à quel moment on allait enfin en venir à la préparation de ce défi ...

Des tambours mongols martelaient en cadence, je venais d'en prendre conscience. Je sentais leurs vibrations jusque sous mes pieds et monter en moi une pulsion vivante, celle de mon cœur qui battait. Je levais les yeux au ciel et en vis la clarté. Le soleil déclinait doucement, parant le ciel de couleurs flamboyantes. J'aimais cet instant, je n’écoutais plus,  je sentais, je laissais l'espace se remplir de sons et je vibrais avec, j'inspirai le battement binaural.

 

On fit un grand cercle autour du chemin de braises. Munie de mon seul "Quoi déjà, mais j'suis pas prête !", je regardais quelqu'un apporter le dernier sceau de tisons rougeoyants et le déverser au centre de notre ronde d'enfants intrépides.  L'un d'eux fit le premier pas calmement, le torse fier, comme s'il avançait devant l'autel vers sa mariée. Puis un autre, et le suivant...

On rechargea le sentier qui se parant de cendres se faisait moins ardent. Et le défi des braves continua.

Pour une raison que je ne m'explique pas, mon mental refusa de s'interroger à nouveau sur le fait de savoir si j’étais prête ou pas. J’étais venue pour ça. J’avançais. L'air était doux. Animée du désir de vaincre, propulsée par les cris de joie et ces tambours qui n'en finissaient pas de faire battre mon cœur, je posais mon pied sur les braises tel Armstrong, chaussures ignifugées en moins. Je sentis la chaleur et fut étonnée qu'elle ne soit pas plus vive. Plus loin un morceau de braise colla à mon pied gauche, ce qui me fit l'effet d'une morsure. Je n’accélérai pas. Le soleil s’était couché, je distinguais à peine la hauteur des arbres. Un pas de plus. Mon pied droit voulait poursuivre, sentir les reliefs de ce qu'il gravissait. Le gauche fut entrainé comme un second de cordée. Le sommet et sa victoire n’étaient plus qu'à portée de Pes*. La masse sombre des arbres se révélait. Le gauche toucha la terre ferme. Elle s’était abreuvée de l'eau destinée à ignifuger. D'un geste, je raclais mon pied dans l'herbe pour décoller la braise. Et sentis le chemin demeurer en moi.

 

Je m’écartais pour laisser la place au suivant.

 

Certains gesticulaient, poussaient des cris de guerrier au sortir de leur marche.

 

Cherchant alors ce nouveau pouvoir qui s’était emparé de moi, cette transformation de mon potentiel pour faire face à mes peurs, je découvris une cloque à mon pied gauche et l'absence de tout effet sur le droit...

J’étais bien moi, la même qu'il y a quelques secondes.

 

...Merde, le pouvoir est en moi !

 

Tara

 

 

 Denrée*: Au sens figuré

 Pes*: Unité de mesure romaine (29.64cm = 1 pied)

Découvrir les tambours, relire avec le son du tambour.

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