Canyon del Colca - 1 JOUR

Canyon de la Colca – Pérou

 

Certains avancent que les premiers jours de l’année sont représentatifs de l’année qui va suivre…

 

Puisque j’étais en voyage autant commencer cette année que chacun voudrait pleine de promesses par quelque chose de puissant, d’énergisant et qui me fasse vibrer. Je passais donc le 31 au soir dans ma chambre à me reposer et à préparer mon prochain trek. Une fenêtre de 3 jours de grand beau temps se profilait pour mercredi, c’était le bon moment pour passer entre les gouttes et me tester en randonnée.

 

Nantie de mon expérience passable en termes d’endurance à la Laguna 69 (voir Trek de la Laguna 69 ou expérience à l’intérieur du corps), il était hors de question pour moi de faire ce trek de plusieurs jours accompagnée d’un guide ou avec un tour operator. Mon souhait était d’aller à mon rythme et de voir où étaient mes limites face à toutes les inconnues que j’allais rencontrer : Endurance, fatigue, courbatures, poids du sac, altitude, mental etc. J’ignorais combien de jours j’allais tenir et ce que j’allais parcourir. Ce que je savais en revanche, c’est que touristes et randonneurs ne faisaient que 2 ou 3 villages sur les 9 que comprennent le canyon car de l’un à l’autre ça grimpe ou ça descend ! Le dénivelé en soi n’étant pas le plus important puisqu’un dénivelé de 1000 mètres sur 10km ne représente pas la même montée, ni le même effort que sur 5km.

 

« Avec ma bite et mon couteau »-

(A mon père et mes frères)

 

Jour 1- Cabanaconde/ LLahuar-

 

Je partis donc de Cabanaconde vers 7h du matin, en contre sens du circuit préférentiel selon les quelques retours de backpackers eux aussi en quête de solitude. 4h de descente, 1h de montée au programme pour arriver au bas du canyon et monter jusqu’à LLahuar où se trouvent des piscines thermales au bord du rio.

 

Dès le début du chemin je longeais la falaise et découvrais tout le canyon, ses sentiers qui zigzaguaient au travers des montagnes, les petits villages perchés au milieu de pas grand-chose ou rien. Ma première réflexion fut que c’était beau, la seconde bien trop grand pour tout visiter. Il me faudrait faire des choix. La troisième réflexion me ramena bien vite à l’instant présent. Le chemin descendait à pic, les cailloux roulaient sous mes chaussures, la vigilance se portait sur le fait de ne pas tomber. Partie seule je n’avais pas tellement droit à l’erreur bien que le canyon ne soit pas désert. En 2h de descente je n’avais encore croisé personne.

 

 Pas tout à fait en réalité puisqu’un chien me précédait depuis le début du chemin. Ayant lu que les chiens étaient relativement agressifs en montagne au Pérou, j’étais munie d’un sifflet à ultrasons, dont je ne connaissais pas vraiment l’utilité en cas d’attaque, mais on se rassure comme on peut… Peu à peu, je m’aperçus qu’il m’attendait, s’allongeait sous quelque arbuste pour reprendre haleine et repartait avant que je n’arrive à sa hauteur. Je le baptisais LLahuar, du nom la lodge où je me rendais. Je l’interpelais, il répondit par 3 petits tours sur lui-même en remuant la queue. Je n’étais pas seule. Il m’indiqua les raccourcis, je le suivi gardant un œil sur le sentier afin de vérifier s’il n’était pas juste en train de faire sa vie sans pour autant chercher à me servir de guide. 20 fois j’avais glissé sur les graviers me rattrapant in extremis avant de comprendre que les raccourcis de LLahuar étaient bien meilleurs puisqu’au travers de la steppe, où les racines et les plantes prenaient soin de ma marche. Bientôt un second chien nous rejoint, tout frétillant de la queue lui aussi, Llahuar et lui semblaient se connaitre, à moins qu’ils ne se soient adoptés l’un l’autre aussi vite que LLahuar et moi. Je baptisais celui-ci Col-blanc en raison de la couleur du poil de son cou.

 

A mi-chemin nous nous arrêtâmes au bord de la rivière. Je sortis mon couteau pour déguster une grenade qui me servit de repas, la meilleure que je n’ai jamais mangé.  Elle me dégoulinait toute rouge entre les doigts et le long des avant-bras, on aurait eu dit que mon sang circulait hors de mes veines. Soudain, comme un clin d’œil, je vis débouler 2 asiatiques qui nous saluèrent. Les chiens les reniflèrent, ne se laissèrent pas caresser et vinrent m’encadrer. Col blanc montât littéralement sur mes genoux pour se faire câliner, déposant sur mon pantalon de randonnée tout ce qu’il y avait de poussière dans ses poils. Nous repartîmes toujours dans une pente plus abrupte. LLahuar et Col blanc ne proposaient plus de raccourcis, mes genoux amortissaient mes pas en râlant, je maudissais le poids de mon sac à dos qui ne devait pas faire plus de 8kg.

 

Le poids de la sécurité ! Comme le diraient mes frères, j’aurais adoré partir avec « ma bite et mon couteau », aussi légère qu’une vraie aventurière, tel Rahan et son coutelas d’ivoire … Sauf que je ne voulais pas prendre le risque de partir sans un rechange, un blouson, un k-way, 5 barres de céréales en guise de repas, une petite pharmacie composée de « au cas où » ( Pansements, feuilles de coca, antiinflammatoire, Powerstrip, huile essentielle de Gaulthérie), une lampe frontale, une couverture de survie réutilisable, un chargeur de batterie, 2 litres d’eau (ma Katadyn me manque tellement !) , mon mp3 et mon couteau qui lui n’est pas en ivoire mais en bois. Peu habituée à porter mon sac à dos sur de longues distances, je sentais mes épaules me raconter la même sérénade que mes genoux et ce n’était pas fait pour me plaire. Cela me fit me demander ce que j’allais utiliser en réalité de tout cela et à quoi il me servait d’en emporter autant si c’était pour abandonner en raison du poids de la sécurité… La sécurité avait un prix mais aussi un poids ! Un prix pour les assurances pour lesquelles il faut travailler afin de les payer au lieu de passer quelques heures de plus avec les nôtres, une charge pas forcement indispensable à porter qui représente le poids de la peur, le manque de confiance en soi, comme en la vie. Je revoyais ce que j’avais laissé là-haut de matériel pour m’alléger…encore une dizaine de kg dont je ne parvenais pas à me départir par sécurité, confort, envie, faux besoin et qui pourtant me pesaient aussi. En occurrence ce poids me rendait moins agile alors que Rahan lui pouvait sautiller de pierre en pierre et trouvait dans la nature tout ce qu’il lui fallait pour subsister et parcourir le monde en courant après le soleil, à la rencontre de ceux qui marchent debout.

 

Toute à ma réflexion, j’arrivais enfin sur une grande pierre plate surplombant la rivière. J’y fis une halte m’étalant de tout mon long pour contempler ce paysage. Il faisait beau et chaud, les couleurs des montagnes passaient de l’ocre au vert émeraude. Je tentais d’immortaliser cet instant de plénitude par quelques photos décevantes. Je demandais la vue d’un condor comme un signe d’acquiescement à ce que je vivais (qui ne vint pas).

 

Afin de parvenir à profiter deux jours, peut-être, des magnifiques paysages qui s’offraient à moi, j’entrepris quelques étirements de yoga en haussant et baissant les épaules selon le souffle pour les délasser. Puis l’exercice de la grenouille. Merci de ne pas m’imaginer dans la position ridicule d’un crapaud sautillant sur lui-même ! Il s’agit plutôt de partir de la position de la grenouille et monter les fesses jambes tendues, mains au sol, puis de redescendre et de profiter de l’élan pour recommencer 26 fois.   Cet exercice étirait mes jambes et me redonnait de l’énergie à la fois. La veille où il faisait si froid dans l’auberge de jeunesse sans chauffage, je m’étais même relevée de mon lit pour le faire afin de parvenir à me réchauffer pour m’endormir ! Dans la jungle, nous l’avions utilisé sur le site de reforestation parce que l’une d’entre nous avait une baisse de tension. Bien entendu la position avait bien fait rire tout le monde, cependant nous avions pu finir le travail de la matinée sous cette chaleur accablante et usé de la situation pour la rendre singulièrement drôle.

 

 

J’arrivais enfin dans le fond de la vallée, je traversais le pont suspendu à côté du geyser et continuais mon chemin  sur ce qui ressemblait à une route de terre où aucun véhicule ne passait. Seules quelques traces de roues témoignaient d’un trafic quelconque. Cette fois ça montait. Il restait je ne sais combien de kilomètres à parcourir avant LLahuar et je rêvais déjà l’arrivée. Plusieurs fois je m’arrêtais de longues minutes pour reprendre mon souffle prétextant à moi-même l’envie de contempler le paysage. J’aimais m’asseoir à même le sol, même dans la poussière de la route, m’adosser à une pierre ou un talus et juste être là avec moi. J’écoutais mon cœur battre et se débattre, je regardais les fourmis s’affairer, les mouches tenter de se poser sur moi, les papillons danser, j’étais pleine de fatigue et vide à la fois. Plus loin, je vis un semblant de hameau fait de briques de terre et de toits en tôles ondulées. Un panneau juste après indiquait les directions de LLahuar, Malata, L’oasis de Sangalle. Je dépassais le hameau en me demandant si mes jambes voudraient bien poursuivre l’effort et continuer demain. Au rappel des sources chaudes qui m’attendaient, elles voulurent bien s’actionner encore quelques kilomètres. Je m’asseyais à nouveau …et m’endormis au bord de la route. Un bruit me moteur me réveilla, le seul véhicule de la journée ! Il s’arrêta et je demandais mon chemin bien qu’il n’y en ait qu’un. A mon grand désarroi j’appris que j’avais dépassé LLahuar depuis longtemps et qu’il me restait des kilomètres avant le prochain village. Compatissant, le conducteur m’acceptât dans la benne de son pickup jusqu’au village suivant : Malata (la suite demain ...)

 

 

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Commentaires: 2
  • #1

    h.b.kauffmann (vendredi, 12 janvier 2018 14:42)

    que du plaisir ,une belle écriture attrayante mais surtout la joie de réaliser que tu est entré en plein dans ta quête sans ratter l'essentiel .
    continu ma fille ....vole
    le ciel est trop grand pour toi
    il te faudra beaucoup de temps pour atterrir
    qu'importe le temps ne compte plus.
    mais que de bonheur
    quel victoire.
    je t'aime et suis toujours avec toi

  • #2

    C.Kauffmann (dimanche, 21 janvier 2018 14:03)

    Waouh!!! J'ai adoré lire le récit de cette première journée. Je trouve que ce que tu fais est formidable, je suis fier de toi et heureux de te savoir en bonne compagnie avec ces deux amis quadrupède :)