Ayahuasca, drogue ou yoga ?

 

Ayahuasca, drogue ou yoga ?

 

Il y a plus d’un an en France, je participais à une Milonga (soirée tango) dans un magnifique théâtre. Un cavalier m'invita, j’acceptais. Pendant la Tanda (suite de 3 morceaux musicaux) il se présenta. Il était Argentin, bandonéon de l’orchestre. Plus tard il revient demander une danse et cette fois avec aplomb et sans autre préambule me déclara « l’Ayahuasca est fait pour toi, essaie ça ! ».

 

Même le nom m’était inconnu !

 

Alors l’Ayahuasca c’est quoi ?

 

Il existe des dizaines d’articles sur le sujet traitant des bienfaits et des dangers de cette recette à base de lianes considérée comme une médecine chamanique amazonienne, destinée à purger et à provoquer des visions. Afin d’éviter les redites et pour plus de compréhension , je vous invite à faire par vous-même une rapide recherche préalable à cet article. Le film Blueberry relate lui aussi assez bien les possibilités de cette pratique https://youtu.be/u7y5uM5IdxU

 

 

« En mission au Pérou, le médecin généraliste Jacques Mabit découvre la médecine chamanique. Passionné par l’expertise des indiens en matière de plantes, il demande à être initié. Aujourd’hui, il anime en Amazonie un centre où, avec l’aide de chamanes, il soigne les toxicomanes en utilisant un hallucinogène. Ce n’est pas un substitut de la drogue, mais le support d’une autre médecine.  http://www.takiwasi.com/docs/arti_fra/ayahuasca_au_secours_des_drogues.pdf  »

 

 

  Ici l’intention est de partager un vécu qui n’est que la vérité de mon expérience et ne constitue en aucun cas une généralité.

 

 Pour ceux qui ont suivi ce périple, déjà à Iquitos toutes sortes de médecines chamaniques étaient évoquées. La tentation était grande de découvrir par moi-même  ces fameuses révélations qu’offraient la liane, mais pas n’importe comment, ni avec n’importe qui. Ces dernières années, l'expérience spirituelle de L’ayahuasca s’est tellement répandu qu’il fleurit des centres de retraites chamanique partout en Amazonie  et comme toujours il y a « à boire et à manger ». De toute l'Europe on vient en Amazonie à tous ages pour faire l'ayahuasca par curiosité, pour se découvrir, dépasser un stade d'une maladie grave etc. N’ayant rencontré personne qui m’inspirait, j’avais laissé mes compagnons de route faire un à un leur expérience sans m’y adonner moi-même.   Jusqu’au jour où, dans le Canyon del Colca, Chiara évoqua une adresse réputée sur Cusco.  Je m’y rendis et pris rdv avec le chaman pour discuter. Il fut le seul à s’enquérir de mes expériences passées : Non je ne prenais pas de drogue régulièrement, oui je faisais du yoga. Oui un peu de méditation aussi.  Sa préoccupation concernait mes pensées et la façon dont je les gérais sous l’effet des drogues.  Je lui avouais que c’était parfois un sacré bazar de me promener moi-même dans les méandres de mes pensées rien qu’au naturel mais qu’il m’était arrivé une expérience qui m’avait choquée.

 

 Vous vous souvenez de mon passage à la communauté Arco Iris dans la jungle?

 Après 1h de marche seule dans la jungle pour rejoindre cette communauté pour un autre volontariat, j’arrivais alors que le son d’un tambour résonnait. Ils étaient en cercle autour d’un feu et semblaient terminer une cérémonie. Je pris place à la droite d’une femme en tentant de ne pas déranger. Une sorte de calumet passa de main en main et arriva jusqu’à moi. Par imitation je tirais comme chacun 2 bouffées. Sans me rendre compte de ce qui se passait en moi mes pensées fusaient de toute part comme un cheval sauvage au galop que l’on tenterait d’enfermer dans un enclos. Parce que je voulu bouger, mon corps me fit comprendre qu’il se passait quelque chose d’anormal. C’est là que je vis mes pensées et leur désordre et surtout leur inutilité. 90% de ce qui me passait par la tête était parfaitement inutile et se répétait en boucle. Le cercle se rompant je fus accueillie par la femme qui se trouvait à mes côtés, la chamane de la cérémonie.  En habit de ville, elle se fondait parmi les autres participants. J’appris alors que le calumet était de l’huile de marijuana.  Pour clôturer la cérémonie, les tambours résonnèrent à nouveau et cette fois mon état me fit ressentir la musique comme jamais au par avant. Le son m’aspirait littéralement, mes pensées s’arrêtèrent instantanément. Et ma voix sortie aussi naturellement que le l’eau qui coule du ruisseau.

 

Hormis l’expérience de la musique j’avais détesté cette sensation de me sentir droguée. L’effet avait duré je ne sais combien de temps et je m’étais sentie perdue dans ce corps que je contrôlais avec difficulté. Toujours et encore j’en revenais au contrôle de ma respiration pour parvenir à gérer le reste et ça marchait.

 Voilà ce que j’avais retenu de cette expérience : la vision claire de mes pensées chaotiques.

 

 Ce chaman ci me demandait si je pensais pouvoir les gérer sous l’effet de l’ayahuasca et m’avertit que je pouvais voir des démons ou avoir la sensation de mourir. Pour la sensation de mourir j’avais déjà vécu et dépassé ça lors des 7 portes du Temazcal (hutte de sudation) il avait 3 ans, et les démons je n’y croyais pas. S’il était un diable il ne pouvait être qu’une représentation de moi-même, donc oui, ça me semblait gérable. Selon lui, la pratique du yoga kundalini facilitait en plus  les visions et permettait à la « mère Ayahuasca » de vous « posséder entièrement » afin de vous montrer ce qu’elle devait vous révéler.  Il m’expliqua que lui n’intervenait pas une fois le processus démarré mais qu’il avait à sa portée diverses médecines pour calmer en cas de panique. Il fallait s’abandonner à la plante et ne pas lui offrir de résistances  sans quoi il s’engagerait une lutte que l’on ne gagnait pas.  Nantie de mon expérience du Temazcal, je voyais bien ce dont il s’agissait et j’étais prête à tenter l’expérience.

RDV fut pris. Durant une semaine je mangeais sans sel, sans sucre et sans viande (pour ne pas ressentir la souffrance de  l’animal à sa mort pendant la cérémonie).  La veille je fis mon yoga et encrais en moi  les gestes du mantra Gobinday Mukanday afin de les retrouver au moins mentalement en cas de panique. Le jour même je me contentais d’un smoothie délicieux noix de coco, épinards pour le petit déjeuner et d’une infusion de romarin. Je me sentais confiante et tranquille.

 

A 17h le chaman vint nous chercher. Deux jeunes de 20 à 30 ans se joindraient eux aussi à la cérémonie.  Rien que leur nom me fit sourire : Jésus et Camino (le chemin). J’étais bien encadrée !

 

En haut de la colline nous primes place dans la pièce  réservée aux cérémonies dans la demeure du chaman.  Des instruments de musiques, des plumes, des bougies et fleurs fraiches ornaient la pièce lumineuse.  Avec une grande simplicité le chaman nous donna quelques dernières recommandations, notamment celle de se rappeler de ne pas lutter mais d’accepter et de s’abandonner à ce qui s'offrait à nous.   Puis il se présenta avec une grande pipe qu’il fallut insérer dans chaque narine dans laquelle il souffla à l’autre extrémité.  La mixture (râpé)  qui ressemblait de texture et de couleur à du poivre fit effet immédiatement.  Ce qui n’était pas censé être une drogue m’envahit aussitôt. Je restais calme malgré ma surprise. Le breuvage de l’ayahuasca arriva ensuite dans une petite coupelle. Cela avait un arrière-gout écœurant de tamarin mélangé à du marc de café. Très épais, le mélange avait du mal à passer. J’en eu moins que les autres en fonction des éléments que j’avais donné au chaman concernant ma tolérance à l’alcool. Il ne restait plus qu’à attendre. Je fixais mon attention sur la flamme de la bougie en me concentrant sur les intentions que je portais à cette cérémonie.  Le temps passa et le soleil déclinait. Jésus commença à vomir, ce qui annonçait que la plante prenait place en lui et le purgeait émotionnellement comme physiquement. Un sceau pour chacun était prévu à cet effet.  De mon côté je me sentais écœurée par ce gout de tamarin qui persistait et plutôt nauséeuse sans que soit suffisamment franc pour en venir au sceau (mais toujours tranquille). Jésus et Camino s’allongèrent et commencèrent à avoir des visions.  Je me concentrais sur ma respiration pour faire passer cette désagréable sensation d’avoir perdu le contrôle de mon corps et la nausée qui n’évoluait pas. A force je m’endormis. Le chaman me réveilla et me demanda si je sentais la médecine en moi. Comme l’on sort d’un rêve, je me souvenais bien avoir vu quelques images, de belles choses d’ailleurs mais je ne les avais pas ramenées avec moi au réveil. J’étais incapable de me souvenir de ce dont il s’agissait. J’avais juste rêvé !  Il me proposa d’augmenter la dose, j’acceptais. L’écœurement se fit plus prononcé, j’attendais toujours que quelque chose d’autre se produise mais aucune image et même aucune pensée ne vint troubler cette sensation d’être droguée et nauséeuse.  Le temps s’étira longtemps pendant lequel je ne cessais de respirer du mieux que je pouvais  sans me départir de mon calme et de ma confiance. Je voyais parfois le chaman agiter une plume, oindre Jésus ou Camino d’une sorte d’eau de Cologne ou leur souffler du tabac dessus pour éloigner les mauvais esprits selon leurs réactions.

Le chaman me demanda si je désirai aller plus loin, je ne voyais pas ce que cela voulait dire  exactement et encore moins en quoi cela consistait mais vu où j’en étais, j’acceptais. Il vint avec une autre pipe à me souffler dans le nez  qui me parut avoir les mêmes effets que la première. A ma grande déception il ne se produisit rien de plus que le fait d’accentuer les nausées sans pouvoir vomir et la vision d’un corps qui était l’ombre de lui-même de par son absence de contrôle. Cependant je restais en capacité de réfléchir sans qu’un cheval sauvage au galop que l’on tenterait d’enfermer dans son enclos vienne perturber cette réflexion.

D’un autre demi-sommeil je ramenais un mot, un seul sans être certaine qu’il ne soit le fruit de mon imagination. Puis je fis signe au chaman à qui je confiais mes doutes quant à  ce que je vivais qui ne correspondait pas à ce que vivaient mes compagnons de cérémonie.  Il m’avoua que parfois cela arrivait qu’il faille refaire l’ayahuasca plusieurs fois avant qu’elle ne vous possède totalement et me demanda si je voulais doubler la dose. Je regardais mon corps qui se sentait drogué  et amoindri, je sentais les nausées qui  ne m’avaient pas quittée et refusais. C’était terminé pour moi. Il n’y avait qu’à attendre que les effets se dissipent en respirant lentement, profondément.

 

A force j’en eu marre et commençais à m’agiter ce qui eut pour effet de dédoubler les sensations désagréables. J’avais froid, très froid malgré les 3  couches  de vêtements et les 2 couvertures. J’étais fatiguée et ne pouvais dormir.  Je sentis le calme me quitter et les angoisses monter. 

Je me rappelais le mantra comme d’un  point d’ancrage et redressais mon corps comme je pu pour m’asseoir et effectuer les mouvements en silence.  Rien que le geste des bras permit à mes poumons de s’écarter et de se resserrer et me fit du bien. Les yeux fermés je fis les gestes jusqu’à ce que je me sente mieux puis me rallongeais. Les nausées revinrent, la panique liée à la fatigue et à la lassitude aussi.

Je demandais au chaman si je pouvais choisir un mantra sur you tube. Il acceptât. Aux premières notes je fus comme soulagée. Déterminée à ne pas me laisser gagner par la panique j’entrais dans le  même mantra sans me soucier de ce qu’il se passait à mes côtés avec cette fois la musique, les paroles et les gestes. Il sortit de ma voix un son grave rond et chaud que je ne me connaissais pas.  En quelques secondes j’eus tellement chaud que j’enlevais couches de couvertures et couches de vêtements, un sourire apparu sur mes lèvres, les nausées m’abandonnèrent, je contrôlais mon corps, il répondait à mes mouvements sans que j’eus à forcer et je me sentais immense comme si je remplissais toute la pièce à moi seule. Ce mantra eut pour effet de me ramener mais aussi de sortir les 2 autres de leurs visions.  La cérémonie prit fin naturellement lorsque le mantra cessa.

Je me rallongeais et eu de nouveau froid en quelques minutes, les nausées revinrent avec toujours cette sensation d’être à l’ouest.

 

On me mit dans une chambre à part pour que je me repose seule.  Cherchant le sommeil je me fis la réflexion qu’il n’était pas étonnant que Yogi Bhajan, fondateur du yoga Kundalini, ait enseigné aux hippies pour les sortir de la drogue et en faire de futurs professeurs. (sources :  http://ffky.fr/yogi-bhajan/ ).

 

Le lendemain  je me sentirai très faible alors qu’au petit déjeuner Jésus et Camino rapporteront avec enthousiasme certaines révélations que l’ayahuasca leur aura fait.  Le chaman me remerciera de ce que je lui aurai appris sans que je comprenne ce que j’avais pu lui apporter et m’invitera à  procéder à une prochaine cérémonie m’expliquant une fois encore qu’il ne s’agissait pas d’une drogue et qu’il n’y avait pas d’accoutumance.

 

 Bien que j’aie eu très envie que l’ayahuasca se révèle à moi, il me semblera hors de question de faire revivre à mon corps une telle épreuve (à mon sens plus éprouvante et toxique que ne l'avait été le Temazcal).

 

 

Il est donc temps pour moi de poursuivre le chemin vers l'Asie en cette voie plus douce et tout aussi mystique qu’est le yoga qui semble mieux me correspondre.

 

 

Écrire commentaire

Commentaires: 0